Huiles
sur bois

 

"A ce moment-là, m'apprend-il, j'ai découvert la force de mes attaches africaines, comme on découvre sa nudité en perdant son innocence; j'ai su que ma vie n'avait pas débuté en 1954. Et j'ai été convaincu de porter dans mes gènes des composants venus de ceux et de celles qui m'avaient précédé et qui, après tout, m'ont façonné." Les mains du robuste gaillard ont gardé l'accent de Marseille, sortant des poches pour souligner l'emphase d'un propos où il aime à multiplier les majuscules, à la manière des griots, ces vieux conteurs dont les mots participent de la logique du rossignol et caracolent en bonds de dauphin. Il puise dans la révélation originaire un souffle puissant qu'il ne cesse de stimuler dans des travaux plus allusifs, dominés par un recours immodéré à la métaphore et l'usage de matériaux disparates, si l'on excepte les habituels pigments et liants de la peinture traditionnelle, fondement de sa création. Les sables de chantiers délaissés, les gravats de maisons abandonnées, les rebuts de la vie domestique, les textiles de vêtements usagés sont intégrés dans des compositions qui doivent autant au volume qu'au trait. Au-delà de leur force de persuasion qui donne à sa démonstration la même véracité que ne le ferait un médium académique, il aime en éprouver les perceptions tactiles. Exploitées dans leur "sens littéral" ou détournées de leur fonction première, les cannisses d'une cloison éventrée ou les fibres rêches d'un matelas de raphia concourent à la représentation par leur vie propre et par leur utilisation antérieure. Objets d'un réel considéré sous une forme concrète ou idéologique, ils deviennent à la fois support et matériau de l'oeuvre peinte. Dans l'érosion de leur matière, ils renvoient le plus fréquemment à l'histoire de ceux qui s'en sont servis. Personnages réels ou imaginaires, familiers ou passants, ceux-là apparaissent d'ailleurs dans ses tableaux au détour des années 1990 sans qu'il l'ait prémédité. Surgis dans la boule de cristal de glacis voués à l'âpreté des textures et au hasard d'une figuration anarchique, ces figures et ces corps occupent le centre du désir et du geste de l'artiste. Un voyage aux Antilles à cette époque-là et la redécouverte de la négritude relayée par le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimé Césaire confortent le remembrement de sa géographie originelle et la détermination de sa biologie ancestrale. Thérapie salvatrice, l'expérience artistique a mûri l'engagement politique - à moins que ce ne soit l'inverse - et raffermi la foi primitive de l'exilé qu'il est devenu par fidélité à sa parentèle.
Entre l'examen de deux radiographies, à l'hopital, il portraiture à la mine de plomb les héros de ses passions. Marlon Brando, Gérard Depardieu, Clint Eastwood, Marie Laforêt, Jean Marais et Pablo Picasso subissent ainsi l'experte permutation d'une palette de gris dont l'exercice est salutaire au coloriste exigeant. Ce peuvent être aussi des anonymes revus dans les couloirs de l'établissement hospitalier ou bien des membres du cercle de famille dans l'expression desquels il s'attache à déchiffrer les messages enfouis dans la mémoire collective et souffrante afin d'agrandir l'éventail des interprétations.Dans l'environnement de sa maison de Roquevaire, il joue à ces jeux primesautiers qu'on reprend, un fois adulte, sans vraiment l'avouer : si j'arrive au chemin de la Transhumance avant que l'autobus ne passe, je parviendrai à parachever mon tableau; et si les nuages disparaissent au-dessus du massif de la Sainte-Baume, je trouverai la clef de ma prochaine série.


Peintures
Petits formats
Matières
Sculptures

 

Ebènes,
Mémoires

 

 

et quelques
portraits
célèbres...