Que va t'il chercher du coté de ses origines caribéennes ? Qu'espère-t-il recueillir dans une activité de détective ? une justification ? Et qu'a-t-il déjà trouvé tout au long de sa quête ? Des bribes de souvenir ? Ce ne sont que des éclats de certitude impuissants à reformer la silhouette précise du passé. Pourtant, malgré ces résultats partiels, dans la vie normale comme dans la peinture, ce marseillais de 50 ans natif de la Martinique reste confiant et determiné à poursuivre sa marche. Son désir de savoir demeure l'un des moteurs actifs de sa raison de vivre. Sans chercher à alimenter l'immense chaudière aux nostalgies, il transporte le pays de ses ascendants avec lui, les souvenirs et les impressions qu'il en garde ne sont pas linéaires mais contrapuntiques. Ainsi, lorsqu'il vous parle, sa pensée ne reste jamais sur un rail ; tout en jouant un role évident dans l'oralité, elle va où l'oeil, l'oreille, l'odorat, voire le toucher, la dirigent. Il essaie en tout cas, de transcrire cette dispersion de sensations mémorielles dans la clandestinité de son atelier. C'est assurément pourquoi il n'a pas choisi le conte ou l'éligie, guidés qu'ils sont par un fil, une ligne, une logique.
Aussi se perd t'on dans les incessants jeux de miroirs de Philippe Zami. Mais sans doute faut-il se laisser porter par l'ample souffle lyrique qui anime son invention picturale et multiple, par la crudité des paysages exotiques, par l'orchestration musicale de thèmes plus intimistes, par le désir d'atteindre, au terme de l'anamnèse, la haute note jaune à laquelle aspire le peintre-poète : la couleur tonitruante du "crieur" (émouvante cartographie de l'Afrique nourricière), l'ombre dissonante de "L'Isolement" (hommage déchiré à Nelson Mandela), la sarabande noire du "gorille" (regard attendri sur l'humanité de l'anthropoïde) et la mélopée polychrome du "Totem et tache rouge" (référence incantatoire à la case familiale). La musique et le chant qu'il pratique depuis l'adolescence facilitent ses pérégrinations identitaires et esthétiques : il chante comme il peint avec dans la voix la secrète félure des blues singers de Chicago, le timbre rocailleux de Louis Armstrong, la rugosité du phrasé de Bessie Smith, "quelque chose du coupeur de canne", qualifie-t'il si joliment.
Les peintres bohèmes de Marseille canalisent les gammes dès l'âge de seize ans ? Vingt années plus tard, il s'est affranchi des premières déclinaisons de la couleur et de la lumière enseignées sous le tutorat des hôtes de "Péano", ce bienheureux café des peintres où l'on croise encore Antoine Serra et Louis Toncini. Les années 1984-1988 marquent une mutation radicale qui tient de l'exorcisme et du tribut à payer à la destinée.
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